Euro-franc en turbulence : pourquoi le franc suisse sort renforcé de la tempête

Économie

Le franc suisse a connu une semaine tumultueuse en début octobre, marquée par une chute brutale et une récupération tout aussi spectaculaire. Le 2 octobre, l’euro-franc a dégringolé à 0,9279, sa plus forte baisse en une seule séance depuis 2022, avant de rebondir progressivement. Le 5 octobre, le pair EUR/CHF remontait à 0,9311, gagnant 0,3% après cette chute du 2 octobre.

Cette volatilité soudaine traduit une tension financière en Europe et expose la sensibilité des marchés de change aux moindres signes d’instabilité économique hors de Suisse. Les investisseurs romands qui ont des expositions en devises étrangères, notamment en euros, ont raison de prêter attention aux dynamiques qui animent ce taux ces jours-ci.

Des différentiels d’inflation qui soutiennent le franc

Sous la surface de cette volatilité court un phénomène plus durable : l’avantage relatif de la Suisse en matière de maîtrise de l’inflation. L’inflation suisse est désormais attendue à 0,7% en 2026 et 0,8% en 2027 et 2028. Ce contraste frappant avec la zone euro, où les pressions inflationnistes restent plus vives, ancre le franc dans une position de force structurelle.

L’inflation domestique demeure inférieure à celle de la zone euro, avec des projections de 0,6% pour 2026, ce qui préserve le pouvoir d’achat en Suisse et réduit la pression pour des hausses agressives de taux. Ce différentiel d’inflation avec les partenaires commerciaux soutient la compétitivité réelle et, par ricochet, le franc sur le moyen terme.

La Banque nationale à la manœuvre

La clé de cette dynamique réside dans la posture de la Banque nationale suisse. L’écart entre le taux de dépôt de la BCE (2,50%) et le taux directeur de la BNS (0%) depuis le 16 septembre 2026, c’est l’élargissement de cet écart que la BNS a mis en avant le 24 septembre pour expliquer le déclin du franc. En d’autres termes, plus ce fossé se creuse, plus la Suisse devient une destination refuge pour les liquidités.

D’ailleurs, depuis le début de l’année, le franc suisse s’est apprécié face à l’euro avec un constat chiffré net : +3% contre l’EUR depuis janvier, porté par des flux refuge et par l’écart d’inflation avec la zone euro. Cette appréciation durable, même ponctuée de soubresauts, reflète une confiance des marchés dans la gestion macroéconomique helvétique.

Ce que cela signifie pour les portefeuilles romands

Pour les particuliers et les PME en Romandie, cette trajectoire contrastée du franc offre des opportunités mitigées. Une monnaie forte protège le pouvoir d’achat domestique, mais elle rend les exportations suisses moins compétitives au moment où la croissance mondiale montre des signes de fatigue. Les entreprises qui facturent en euros, notamment dans les secteurs exportateurs, subissent directement cette appréciation.

Pour les investisseurs qui détiennent des portefeuilles libellés en euros, les récentes fluctuations constituent autant de rappels de l’importance de diversifier sa couverture de change. L’écart croissant entre les taux d’intérêt suisses et ceux des pays étrangers devrait, pour l’instant, limiter les pressions à la hausse sur le franc suisse, ce qui suggère une relative stabilité à court terme, même si la volatilité demeure de mise.

La BNS, elle, dispose de marges de manœuvre et semble encline à les utiliser avec prudence, comme elle l’a clairement indiqué lors de ses derniers commentaires officiels. Pour les Romands, c’est un élément de stabilité dans un contexte international incertain.