La Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur à 0,0% lors de son examen du 18 juin 2026. Cette décision, attendue par les marchés, illustre la prudence avec laquelle l’institut d’émission navigate entre les turbulences économiques mondiales et la nécessité de soutenir une économie suisse affaiblie.
Pourquoi une telle immobilité alors que le conflit au Moyen-Orient a entraîné une flambée des prix de l’énergie et que l’institut d’émission suisse table sur une légère augmentation de l’inflation en 2026 ? La réponse réside dans les fondamentaux helvétiques. En Suisse, l’inflation reste nettement plus faible en comparaison internationale en raison de la faible part des dépenses énergétiques dans la consommation et de la vigueur du franc suisse.
Une économie au ralenti
L’économie suisse elle-même affiche des signaux mitigés. Pour 2026, les économistes escomptent une croissance du PIB juste inférieure à 1%, en raison d’un marché du travail plus tendu et d’incertitudes persistantes entourant la mise en œuvre de l’accord tarifaire avec les États-Unis. Le SECO a même légèrement revu ses prévisions à la baisse, tablant sur une croissance nettement inférieure à la moyenne en 2026, de 0,9%.
Ces chiffres reflètent les cicatrices laissées par les droits de douane américains. Les effets d’anticipation des exportations visant à éviter des droits de douane plus élevés ont fortement soutenu le produit intérieur brut en début d’année, mais au troisième trimestre, ces effets se sont inévitablement inversés et ont entraîné une contraction significative de l’économie. L’économie suisse a vu sa croissance reculer de 0,5% au troisième trimestre, les droits de douane ayant pénalisé la chimie-pharma, dont la valeur ajoutée a flanché de 7,9% entre juillet et septembre.
Le marché du travail sous tension
Sur le marché du travail, la situation se durcit progressivement. Le taux de chômage a augmenté presque autant que pendant la crise financière, mais avec 3,0% corrigé des variations saisonnières, il n’a pas encore atteint un niveau alarmant. Cependant, le ralentissement persistant du marché du travail n’est pas un effet secondaire des droits de douane américains, mais plutôt une conséquence de plusieurs années de stagnation industrielle en Europe.
Hypothèques et épargne en mutation
Pour les détenteurs de hypothèques et les épargnants, les perspectives restent contrastées. Aucun ajustement du taux directeur de la BNS n’est attendu, la baisse des taux hypothécaires observée depuis fin 2022 devrait toucher à sa fin et ceux-ci pourraient même remonter dans les prochains mois. Pendant les périodes de taux bas, les épargnants perdent : si les taux directeurs de la BNS sont faibles ou zéro, les taux du marché monétaire à court terme seront également bas et les banques peuvent déjà emprunter de l’argent bon marché sans avoir à verser des taux d’intérêt élevés aux épargnants.
La consommation interne, seul moteur
Malgré ces vents contraires, le marché intérieur continue de se montrer solide et reste un pilier fiable de la croissance pour l’économie suisse, la consommation privée profitant de l’immigration et de la nette hausse des salaires réels depuis 2024.
La position de la BNS traduit donc un équilibre fragile : maintenir un soutien monétaire sans alarmer sur l’inflation, tout en reconnaissant les fragilités du commerce extérieur et du marché du travail. Contrairement à la Banque centrale européenne qui a relevé ses taux d’intérêt en juin, la Banque nationale suisse ne se préoccupe pas de l’inflation et juge son taux zéro approprié, les responsables de la BNS estimant que les principaux risques proviennent de la demande mondiale et du taux de change.