Google face à la Comco : l’enquête qui pourrait coûter cher au géant américain en Suisse

Économie

Le Secrétariat de la Commission de la concurrence a annoncé mardi l’ouverture d’une enquête préalable concernant la suppression du « Choice Screen » sur les smartphones Android vendus en Suisse. Le géant californien Google se retrouve donc dans le viseur de la Comco pour une pratique jugée déloyale envers ses concurrents et préjudiciable aux utilisateurs romands.

Cette fonctionnalité apparaissait lors de la première configuration d’un nouvel appareil Android. Elle permettait aux utilisateurs de choisir le moteur de recherche qu’ils souhaitaient utiliser par défaut, plutôt que de se voir imposer Google Search. Google a récemment retiré cette option en Suisse, alors qu’elle reste disponible dans les pays de l’Espace économique européen (EEE).

Un traitement discriminatoire qui interroge

L’élément qui a déclenché l’enquête est précisément cette disparité. Alors que les utilisateurs allemands, français ou belges conservent la possibilité de sélectionner leur moteur de recherche lors du démarrage de leur téléphone, les Suisses ne disposent plus de cette liberté. Selon la Comco, cette pratique pourrait affecter les possibilités de concurrence des fournisseurs de moteurs de recherche et, plus largement, d’autres services numériques. Elle crée également une différence de traitement entre les utilisateurs suisses et ceux de l’EEE, alors que les enjeux concurrentiels sont comparables.

Cette singularité soulève des questions. Pourquoi Google aurait-il retiré cette fonctionnalité uniquement en Suisse ? Les autorités fédérales entendent clarifier les intentions de l’entreprise et déterminer si elle contrevient à la loi sur les cartels.

Des enjeux financiers et réglementaires majeurs

L’enquête préalable devra déterminer si cette pratique constitue un indice d’une restriction illicite de la concurrence au regard de la loi sur les cartels. Les conséquences pourraient être substantielles pour Google. En Suisse, les amendes administratives en matière de concurrence peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires suisse de l’entreprise sur trois ans. Pour un géant comme Google, cela représente des montants considérables.

Google détient un taux de 82 % de parts de marché en Suisse selon les données de l’analyste Statcounter. Cette domination quasi totale du marché des moteurs de recherche helvétiques explique pourquoi les régulateurs s’inquiètent : la suppression du Choice Screen pourrait limiter la visibilité des moteurs de recherche concurrents de Google lors de la configuration des appareils, renforçant ainsi les barrières à l’entrée.

Un précédent bruxellois qui pèse

Le 2 juillet 2026, la Cour de justice de l’Union européenne a rejeté l’appel final de Google contre l’amende antitrust liée à Android, laissant la pénalité intacte. Cette décision, intervenue quelques jours avant l’annonce de l’enquête suisse, crée un contexte défavorable pour Google. Elle montre que la justice européenne est convaincue des abus du groupe californien dans sa gestion du système d’exploitation mobile.

Bien que la Suisse n’appartienne ni à l’UE ni à l’EEE, la Comco peut s’appuyer sur cet abondant dossier contentieux pour conduire sa propre enquête. Les conclusions pourraient également présenter un intérêt pour l’appréciation des pratiques liées aux paramètres par défaut sur d’autres appareils mobiles.

Implications pour les consommateurs et investisseurs romands

Pour l’épargne-placement et la gestion de portefeuille, cette affaire importe à plus d’un titre. D’abord, les investisseurs en actions technologiques devraient surveiller l’ampleur finale des amendes. Ensuite, cette enquête illustre une tendance mondiale : les régulateurs resserrent l’étau sur les grandes plateformes numériques, ce qui pourrait influencer la rentabilité de ces géants à moyen terme.

Pour les simples consommateurs suisses romands, un verdict de la Comco favorable au choix du moteur de recherche signifierait une meilleure concurrence sur le marché du numérique, potentiellement des services mieux adaptés et des prix plus compétitifs.

Google n’a pas indiqué de calendrier pour rétablir l’écran de choix suisse. L’enquête préalable est donc le premier acte d’une bataille qui pourrait durer des mois et produire des effets à long terme sur l’écosystème numérique helvétique.