La Suisse et le Royaume-Uni ont conclu lundi les négociations pour un accord de libre-échange actualisé, suite à une rencontre à Berne entre le président de la Confédération Guy Parmelin et le ministre britannique de l’Économie et du Commerce Peter Kyle. Cette avancée constitue un tournant majeur pour les relations économiques bilatérales et marque une volonté commune de stabiliser les échanges commerciaux dans un contexte d’incertitude croissante.
Au-delà du simple statu quo
Le nouvel accord va nettement au-delà de la confirmation du statu quo et confère une base complète et moderne aux relations économiques bilatérales. Le texte consolide le commerce des marchandises et élargit le cadre juridique pour les services, les investissements ou encore le commerce numérique. Pour les investisseurs et les entreprises suisses, il s’agit d’une simplification majeure des échanges commerciaux avec un marché qui demeure stratégique malgré le Brexit.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, la Suisse a exporté pour 8,4 milliards de francs de marchandises et importé pour 3,4 milliards depuis le Royaume-Uni, tandis que le volume du commerce de services était de 26,3 milliards de francs. Cet accord démontre que les services constituent réellement le cœur des relations économiques entre les deux pays, bien au-delà du simple échange de biens.
Services financiers et réduction des frictions
Parmi les dispositions clés, le texte contient des dispositions relatives aux services financiers, aux télécommunications, aux marchés publics, à la propriété intellectuelle, au commerce et au développement durable ainsi qu’aux PME. Pour le secteur financier suisse en particulier, ces avancées ouvrent des portes jusqu’à présent fermées. L’accord permettra de réduire les obstacles administratifs et d’améliorer l’accès au marché, tandis qu’il devrait être plus facile pour les voyageurs d’affaires et les professionnels qualifiés d’exercer leurs activités au-delà des frontières.
L’accord prévoit notamment la suppression des frais d’itinérance pour la téléphonie mobile. Bien que symbolique pour les consommateurs, cette mesure reflète l’ambition du texte: transformer concrètement les échanges bilatéraux et réduire les frictions administratives.
Un signal géopolitique fort
Selon Berne, l’aboutissement de ces négociations constitue un signal géopolitique dans un contexte de fragmentation croissante et d’incertitude commerciale, confirmant la volonté de deux importantes économies européennes hors UE de miser sur des marchés ouverts, des règles fiables et une coopération économique étroite. Dans une Europe fragmentée par les tensions commerciales et les mesures protectionnistes, cet accord illustre une approche inverse: le renforcement du libre-échange.
Les discussions avaient été entamées en 2023 pour actualiser les relations commerciales après le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Dans la foulée du Brexit, Berne et Londres avaient conclu un premier accord commercial, entré en vigueur en 2021, pour préserver autant que possible les droits et obligations réciproques. Ce nouvel accord représente donc bien plus qu’une simple amélioration technique: c’est l’approfondissement d’un partenariat stratégique resté fragile après le départ britannique de l’UE.
Quelles perspectives pour les investisseurs?
Les perspectives pour les investisseurs suisses sont encourageantes. Les entreprises des secteurs des services financiers et des sciences naturelles, notamment, devraient en bénéficier. Les portes du marché britannique, deuxième centre financier mondial, s’ouvrent davantage pour les acteurs suisses, tandis que les PME romandes actives dans le numérique et les services gagneront en compétitivité.
L’accord, lié à l’exécution du Brexit, sera signé cette année. La signature officielle interviendra avant la fin 2026, suivie des procédures d’approbation dans les deux pays. Bien que les étapes législatives nationales demeurent, le consensus politique semble acquis des deux côtés de la Manche.