PIB romand 2026 : la croissance se dégonfle, la Romandie perd son avance

Économie

Le rapport PIB romand 2026, publié lundi par les six banques cantonales romandes, dresse un portrait contrasté de l’économie francophone. Après deux années d’embellie remarquable, la région doit se préparer à un horizon moins radieux. La croissance romande, estimée à 2,2 % en 2025, atteindrait 1,9 % en 2026, puis 1,5 % en 2027.

L’illusion du miracle s’évapore

Pendant deux ans, la Suisse romande a affiché une solidité enviée. Les crises se succèdent, mais la croissance romande tient bon. La diversité des activités, des produits innovants qui trouvent preneurs à l’étranger et un marché intérieur solide constituent plusieurs appuis.

Cette mécanique vertueuse expliquait pourquoi la région rattrapait et dépassait régulièrement les prévisions nationales. Mais le contexte a changé. Les tempêtes géopolitiques, le protectionnisme américain et l’incertitude commerciale mondiale rattrapent maintenant les exportateurs romands. La région qui incarnait la résilience économique suisse voit son avantage compétitif s’effriter.

Les exportations, force et talon d’Achille

L’une des principales caractéristiques de l’économie romande réside dans son exposition aux marchés étrangers. Cette dépendance commerciale était un atout tant que la demande mondiale restait vigoureux. Désormais, elle devient une fragilité.

Les tarifs douaniers américains frappent particulièrement les PME romandes spécialisées dans les biens manufacturés. Les droits de douane américains vont ralentir l’économie suisse, axée sur l’exportation, réduisant la croissance de son PIB d’environ 0,9 point de pourcentage en 2026. La Romandie, surexposée à ces secteurs, en subit les contrecoups de manière amplifiée.

Le marché intérieur, stabilisateur fragile

Face à la baisse des commandes étrangères, la consommation intérieure joue un rôle d’amortisseur. Le marché intérieur solide offre un rempart contre la récession, mais il ne suffit pas à compenser l’effondrement attendu des carnets de commandes à l’exportation.

Pour les ménages romands, cette croissance ralentie intervient dans un contexte déjà tendu. En septembre 2026, l’inflation s’établissait à 1 %, tandis que le chômage atteignait 4,3 % en Suisse romande, contre 3 % au niveau national. Le taux de chômage régional reste donc structurellement plus élevé, signe d’un marché du travail moins dynamique.

L’innovation, réponse insuffisante

L’étude met particulièrement en avant le rôle de l’innovation dans la capacité de la Suisse à préserver sa compétitivité. Dépourvue d’un vaste marché intérieur et de ressources naturelles importantes, l’économie suisse a historiquement construit sa prospérité sur des activités à forte valeur ajoutée.

Mais l’innovation ne peut pas à elle seule compenser le coût des droits de douane. Les entreprises romandes, même dotées des meilleures technologies, doivent affronter des tarifs douaniers qui réduisent d’autant leur compétitivité prix sur les marchés mondiaux. Le model suisse traditionnel, basé sur la qualité premium, montre ses limites face au protectionnisme généralisé.

Un contexte national qui tire vers le bas

Pour la première fois en deux ans, la Romandie ne surperformera plus le reste du pays. Cette trajectoire reste néanmoins relativement favorable par rapport aux prévisions nationales du Secrétariat d’État à l’économie (Seco), qui anticipe une progression du PIB suisse de 1,7 % en 2026 et de 1,6 % en 2027. Même affaiblie, la Romandie devrait donc rester légèrement au-dessus de la moyenne nationale.

Le rapport des six banques cantonales romandes peint une région capable de « tenir le coup », selon l’expression de ses responsables. Mais tenir le coup, ce n’est plus progresser. Pour les PME romandes, les salariés et les ménages, cette différence est déterminante.