Le secteur manufacturier suisse surprend par son rebond historique: quelles opportunités pour l’investisseur romand?

Économie

L’industrie manufacturière suisse affiche depuis quelques mois un rebond spectaculaire, passant pour la première fois depuis juillet 2022 au-dessus de la barre psychologique des 50 points sur l’indice des directeurs d’achat. En mai 2026, le PMI manufacturier a atteint 57,3 points, signalant une expansion économique robuste. Une dynamique qui contraste fortement avec les trois années de stagnation précédentes et qui redessine le paysage économique pour les Suisses.

La croissance suisse résiste malgré le ralentissement économique qui se confirme au niveau mondial. Comment cette apparente contradiction s’explique-t-elle? En creusant les chiffres, le tableau devient plus clair: l’économie suisse fonctionne à deux vitesses. L’industrie manufacturière, hors pharma, s’est bien comportée et a compensé la faiblesse de la consommation intérieure. L’industrie manufacturière globale a progressé de 1,5%, tirée principalement par les autres branches manufacturières (machines, électronique, horlogerie) qui ont bondi de 4,6%.

Des nouveaux ordres qui affluent

Parmi les moteurs de ce rebond, on observe une forte progression de l’indice des nouveaux ordres, qui a bondi à 59,4 points, indiquant que la demande globale semble forte. Pour les investisseurs, c’est un signal encourageant: les entreprises suisses reçoivent davantage de commandes, ce qui laisse présager un renforcement des chiffres d’affaires et, potentiellement, de meilleurs rendements pour les portefeuilles exposés au secteur.

L’inflation reste confortable, les taux zéro persistent

Le contexte macroéconomique reste néanmoins contrasté. L’inflation demeure faible grâce au mix énergétique suisse, tandis que la baisse de la demande étrangère pèse sur le commerce extérieur. Selon la BNS, l’inflation devrait atteindre 0,6% en 2026 et 2027, contre une progression prévue de 0,7% en 2028. Ce niveau reste largement confortable, justifiant la décision de la banque centrale de conserver son taux directeur à 0,0%.

Pour les épargnants et investisseurs romands, ce maintien des taux zéro à la BNS prolonge un contexte délicat. Lors de périodes de taux bas, les épargnants perdent. Si les taux directeurs de la BNS sont nuls, les taux d’intérêt du marché à court terme le seront également. Les banques empruntent à bas coût et n’ont pas besoin de rémunérer généreusement les comptes d’épargne. Si les taux sur l’épargne sont inférieurs au taux d’inflation, les épargnants peuvent même perdre en pouvoir d’achat.

Quelles opportunités pour 2026?

Cependant, ce rebond industriel ouvre des perspectives. En matière de politique d’investissement, compte tenu de l’incertitude accrue, les gestionnaires restent proches des quotas stratégiques et conservent une position globalement neutre sur les actions, avec une légère surpondération des titres américains en raison de moteurs de croissance structurels tels que la technologie et l’IA. Les actions suisses du secteur manufacturier pourraient toutefois bénéficier directement de ce dynamisme local.

Pour 2026, les analystes anticipent une croissance du PIB suisse de 1,2%, un chiffre légèrement supérieur à celui prévu pour la zone euro (1%). C’est une donnée majeure: alors que l’Europe patauge, la Suisse tire son épingle du jeu.

Les risques à surveiller

Il convient cependant de rester vigilant. La situation au Moyen-Orient pourrait se détériorer à nouveau et freiner l’activité économique mondiale de façon plus marquée. La pression à la hausse sur le franc suisse pourrait également s’intensifier. Par ailleurs, la politique commerciale américaine reste une source d’incertitude. Ces trois risques pourraient ralentir la dynamique actuelle.

Le message pour les investisseurs suisses est nuancé: un rebond industriel réel et mesurable offre des opportunités, notamment dans les valeurs manufacturières bien positionnées. Mais la situation économique mondiale reste fragile, et les taux bas persistent. Une diversification entre actions suisses du secteur réel, obligations à long terme et placements internationaux reste la stratégie la plus prudente dans ce contexte.