Suisse: le mirage du rebond économique s’efface, attention à la décélération attendue au T3

Économie

L’économie suisse sort du deuxième trimestre avec une croissance insolite. Le PIB réel a enregistré une progression marquée de +1.5%, corrigée des variations saisonnières et calendaires. Un chiffre qui ravit les optimistes, mais qui cache une réalité moins réjouissante : les économistes du SECO, du KOF et des grandes institutions bancaires anticipent une décélération de l’activité au troisième trimestre, avec une progression du PIB estimée entre +0.2% et +0.3%.

Un pic qui s’étiole

Cette embellie du Q2 tient largement à des facteurs cycliques et sectoriels. Le ralentissement attendu s’explique par la dissipation graduelle des effets d’entraînement dans la chimie-pharmacie et par la faiblesse persistante de la conjoncture industrielle européenne, notamment du côté allemand. Autrement dit, les secteurs qui ont tiré la croissance au printemps sont épuisés.

Pour les ménages romands, ce scénario pose question. Lorsque la croissance ralentit, l’emploi devient le baromètre crucial. En août, le taux de chômage au sens du Secrétariat d’État à l’économie (SECO) s’est maintenu à 3.0%, comme en juillet. Stable jusqu’à présent, mais vulnérable aux secousses. Un ralentissement du Q3 pourrait bien inverser cette trajectoire favorable.

La durée de croissance annuelle à la peine

Sur l’ensemble de l’exercice 2026, les prévisions de croissance sont de +1.3%, une trajectoire consolidée par les très bons chiffres du début d’année, mais bridée par plusieurs facteurs d’incertitude extérieurs. Ce taux annuel, bien que positif, reste loin des attentes de 2025 et bien en deçà de la moyenne historique.

Au-delà des chiffres abstraits, il faut comprendre ce que cela signifie concrètement : avec une croissance si faible au Q3 et au Q4, les créations d’emploi vont ralentir, les investissements se feront plus prudents, et les augmentations salariales moins généreuses. Les ménages romands qui ont bénéficié de la dynamique du printemps verront leur horizon s’assombrir dès octobre.

Le rôle critique des services

Le test principal pour l’économie suisse à l’approche de la fin d’année résidera dans la capacité du secteur des services à prendre le relais si la demande industrielle internationale venait à ralentir au cours des prochains trimestres. Les services (finance, tourisme, santé) peuvent-ils compenser la faiblesse de l’industrie? C’est l’enjeu majeur pour éviter une rechute franche.

En Suisse romande, dont l’économie s’appuie fortement sur le secteur bancaire et les assurances, cette transition vers un moteur de croissance différent n’est pas garantie. L’automne 2026 sera révélateur des capacités d’adaptation réelles de l’économie helvétique.