La BNS joue l’équilibriste : taux à zéro face à l’inflation rampante
La Banque nationale suisse a décidé jeudi de conserver son taux directeur à 0%, niveau où il se trouve depuis juin 2025. Une décision de continuité qui tranche avec la trajectoire d’autres grandes centrales. Cette décision intervient malgré l’accélération de l’inflation provoquée par la guerre au Moyen-Orient, qui a conduit d’autres banques centrales à relever leurs coûts d’emprunt.
Mais le contexte s’est durci depuis juin. En août, l’inflation avait subitement accéléré avec le regain de tensions au Moyen-Orient, grimpant à 0,8% sur un an contre 0,4% en juillet. Un bond que les prix du pétrole expliquent largement. Suffisant pour forcer la BNS à réviser ses prévisions à la hausse.
Des prévisions remontées, mais l’inflation reste contenue
La banque centrale a relevé ses estimations d’inflation. Pour 2026, elle table désormais sur 0,7% d’inflation (contre 0,6% lors de sa précédente réunion trimestrielle en juin) et 0,8% pour 2027 (contre 0,6% auparavant). Ces chiffres restent néanmoins loin du seuil d’alarme : la BNS vise un objectif d’inflation dans une fourchette de 0% à 2%, présentée par la banque centrale comme compatible avec une stabilité des prix.
Comparée à l’Europe ou aux États-Unis, le niveau reste nettement inférieur à celui observé dans plusieurs autres économies européennes. La Suisse bénéficie d’une inflation quasi anesthésiée. C’est l’atout et l’enjeu : maintenir cette stabilité sans freiner la croissance.
Croissance relevée, mais le franc s’inquiète
Côté économie réelle, la BNS redresse ses ambitions. La BNS relève sa prévision de croissance du PIB suisse à 1,5%-2,0% pour l’année en cours, contre 1% en juin. Un signal qui montre que la machine économique tourne plus fort qu’escompté.
Cependant, des nuages s’amoncellent. Un économiste chez EFG International estimait que « la poursuite de cette politique du taux-zéro est moins certaine qu’elle ne l’était encore récemment », au vu de l’accélération de l’inflation mais aussi de l’affaiblissement du franc suisse face à l’euro et au dollar depuis l’été.
Un statu quo qui ne durera pas éternellement
Pour l’instant, les marchés sont rassurés. Le maintien du taux directeur à 0% était largement anticipé. Les 18 économistes sondés par l’agence AWP prévoyaient tous cette décision, signe que le statu quo était déjà intégré par les marchés.
Mais la probabilité d’un changement de cap s’épaissit. Plusieurs économistes s’attendaient à ce que la BNS laisse son taux d’intérêt directeur à 0% jeudi mais avaient prévenu qu’un changement de cap n’était pas exclu en mars, voire même dès décembre. La flambée des prix pétroliers et l’affaiblissement du franc constituent des épées de Damoclès.
Pour les Romands emprunteurs et épargnants, ce maintien à zéro signifie des crédits hypothécaires qui restent historiquement bas, mais aussi une rémunération de l’épargne quasi nulle. Le dilemme classique : il faut profiter de ces conditions tant qu’elles durent.