BNS maintient les taux à zéro mais prépare les Romands aux turbulences

Économie

La Banque nationale suisse vient de frapper un premier coup d’arrêt à ses réformes. La BNS a décidé de maintenir son taux d’intérêt directeur à 0% jeudi 24 septembre, une décision conforme aux attentes mais révélatrice d’une stratégie devenue plus ambiguë. Parallèlement, la banque centrale a relevé ses prévisions d’inflation face à la hausse des prix des produits pétroliers, signalant une inquiétude croissante à Berne.

Ce taux reste ainsi fixé à 0%, le niveau le plus bas parmi les grandes banques centrales dans le monde. Pendant ce temps, les taux directeurs des États-Unis se situent entre 3,5 et 3,75%, tandis que celui de la Banque centrale européenne s’établit à 2,25%. La Suisse demeure seule dans son havre de stabilité monétaire, mais pour combien de temps ?

L’inflation, motif d’inquiétude croissante

Les raisons du statu quo paraissaient évidentes il y a quelques semaines. L’inflation restant conforme à l’objectif de la BNS, de 0% à 2%, il n’y avait pas d’urgence à remonter le taux directeur. Or, cet argument perd en force. Les prix du pétrole ont sensiblement augmenté depuis début septembre avec le regain de tensions au Moyen-Orient, créant une nouvelle variable d’incertitude que la banque centrale ne peut ignorer.

Pour les ménages romands, cette situation présente un visage de Janus. Les emprunts restent relativement bon marché, mais la rémunération de l’épargne demeure limitée, les comptes bancaires ne rapportant souvent que peu, voire aucun intérêt. Celui qui a économisé pendant des années ne voit pas son capital fructifier, tandis que l’inflation érode silencieusement son pouvoir d’achat.

Les hausses s’annoncent, mais quand ?

La question essentielle n’est plus si la BNS relèvera ses taux, mais quand. La probabilité pour que la BNS remonte ses taux en décembre ou en mars s’est accrue, au vu de l’inflation mais aussi de l’affaiblissement du franc suisse depuis l’été. Les économistes commencent à reformuler leur diagnostic : le taux zéro n’est plus gravé dans le marbre.

Selon certains analystes, notamment ceux d’UBS, la probabilité de relèvement des taux en décembre ou mars a augmenté. Ce calendrier suggère que la tranquillité tarifaire des six prochains mois pourrait être trompeuse. Pour les emprunteurs qui envisagent un changement hypothécaire, le message est clair : les fenêtres d’opportunité se ferment progressivement.

Une pause stratégique, non une capitulation

Quelques économistes se veulent rassurants. Selon UBS, l’inflation reste pour l’instant conforme à l’objectif de 0% à 2%, ce qui aurait justifié cette inaction. Mais la tonalité des déclarations trahit une nervosité sous-jacente. La BNS ne dit pas « nous attendrons », elle dit plutôt « nous observons attentivement ».

Pour le consommateur romand, le timing est critique. Ces prochains mois verront cristalliser des décisions fondamentales : augmenter son épargne maintenant avant une rémunération accrue, bloquer un taux hypothécaire avant sa remontée, ou parier sur un affaiblissement durable du franc. La BNS a préservé ses marges de manœuvre ; à chacun d’ajuster la sienne.