La Suisse traverse un moment de basculement économique majeur. Selon les nouveaux calculs de l’Office fédéral de la statistique publiés jeudi 2 novembre, la région lémanique, formée de Genève et Vaud réunis, a généré ensemble en 2024 un PIB légèrement supérieur à 168 milliards de francs, contre 167 milliards pour le canton zurichois. Une révolution statistique qui remet en question l’équilibre traditionnel des pouvoirs économiques du pays.
Ce résultat spectaculaire ne découle pas d’une apocalypse zurichoise, mais plutôt d’une méthodologie révisée par l’OFS. Néanmoins, le canton alémanique est également à la traîne en matière de croissance et de PIB par habitant, ce qui confirme une tendance économique plus large.
Romandie en orbite, Zurich sous pression
Pour la région romande, cette promotion fait d’elle un poids lourd incontournable. Genève et Vaud représentent près de 20% du PIB suisse, un poids politique et économique que leurs élus n’oublient pas de rappeler. La conseilère d’État vaudoise Isabelle Moret a d’ailleurs saisi l’occasion pour affirmer que l’Arc lémanique constitue un moteur majeur de l’économie suisse et veut être traité comme tel.
Pour Zurich, le choc est d’autant plus rude que le canton affiche simultanément des faiblesses conjoncturelles. La place financière zurichoise voit partir 2160 emplois suite aux départs successifs de géants comme Vontobel et Cembra. Ces défections symbolisent une fragilité que les statistiques viennent de mettre en lumière.
Une hiérarchie économique révisée
Le changement revêt une portée bien au-delà des chiffres. Il signale que le centre de gravité économique suisse s’est progressivement décalé vers l’Arc lémanique, portée par Genève et ses secteurs internationaux (finance, pharma, diplomatie), et Vaud avec sa dynamique technologique et industrielle. Cette redistribution des cartes n’est pas nouvelle, mais sa formalisation par l’OFS la rend incontournable pour le débat politique.
Le Conseil d’État zurichois mise sur des conditions-cadres favorables à l’économie afin de rendre le canton de Zurich encore plus attrayant, mais les marges de manœuvre paraissent limitées face à des mutations structurelles plus profondes. La Suisse n’a pas basculé en un jour, mais ses régions, elles, continuent de danser sur un parquet mouvant.