Depuis le 24 juillet, les marchandises en provenance de Suisse sont soumises à une surtaxe de 12,5% imposée par l’administration américaine. La Suisse, la Chine, le Japon ou la Corée du Sud sont par exemple concernés par ce nouveau régime tarifaire, tandis que l’Union européenne et plusieurs autres partenaires commerciaux sont frappés par un taux de 10%. Cette différence de traitement reflète une stratégie américaine qui divise les pays selon leur cadre légal.
Une justification controversée autour du travail forcé
Washington justifie ces nouveaux droits par une volonté de lutter contre le travail forcé. Le représentant américain reproche à la Suisse de ne pas lutter suffisamment contre l’importation de produits issus du travail forcé. L’Union européenne a adopté un règlement interdisant les produits issus du travail forcé sur son marché, ce qui lui permet d’être soumise à un taux de 10%. À l’inverse, la Suisse ne dispose pas d’une telle loi et aucun projet en ce sens n’est actuellement en cours.
Cependant, cette justification fait débat en Suisse. Des élus suisses considèrent que invoquer le travail forcé est un pur prétexte de l’administration américaine pour augmenter artificiellement les droits de douane. Des experts international du secteur jugent également cette approche cynique. Selon David Hachfeld de l’ONG Public Eye, “les Etats-Unis eux-mêmes ne protègent pas suffisamment le droit international du travail”.
Un coût commercial et une position affaiblie
Avec 12,5% de droits de douane prélevés sur ses exportations vers les Etats-Unis, la Suisse est placée dans le même panier que la Chine, un alignement qui souligne l’intensité du choc commercial. Ces droits de douane supplémentaires au titre de la section 301 portent la taxe à l’importation américaine sur les marchandises suisses à 12,5% au total, s’ajoutant aux droits normalisés les plus favorisés.
Au-delà des tarifs immédiats, la Suisse fait également face à d’autres défis commerciaux. Plusieurs autres enquêtes sont en cours, toujours en se basant sur le même texte, notamment concernant une possible surcapacité industrielle. La Suisse, visée par la surtaxe sur le travail forcé, est également concernée par cette enquête. Ces investigations pourraient déboucher sur des sanctions supplémentaires.
La Suisse dans l’impasse législative
Contrairement à l’UE, qui a anticipé les exigences américaines, la nouvelle législation européenne sur les chaînes d’approvisionnement est entrée en vigueur au printemps, et les grands groupes devront s’y conformer d’ici l’été 2029. Le texte concernera également les entreprises suisses qui exportent vers l’Union européenne. L’UE n’est frappée que par des droits de douane de 10%, ce qui la place dans une position plus favorable que la Suisse.
Pour les exportateurs suisses et les gestionnaires de portefeuille, cette situation exige une vigilance accrue. Les entreprises, particulièrement dans les secteurs des biens manufacturés et de la chimie, devront ajuster leurs modèles économiques pour absorber cette surcharge douanière ou repenser leurs chaînes d’approvisionnement. Les investisseurs auront intérêt à surveiller les négociations entre Berne et Washington dans les prochaines semaines.