L’assurance-chômage suisse en faillite: 249 millions de déficit en 2025

Finance

Le coup est rude pour les finances de l’assurance-chômage suisse. Après des années d’excédents budgétaires confortables, la caisse commune s’est transformée en déficitaire en 2025. L’assurance-chômage suisse a enregistré une perte de 249 millions CHF en 2025, contre un excédent de 1,43 milliard CHF en 2024. Un retournement spectaculaire qui interpelle les experts et inquiète les entreprises romandes.

Ce renversement de situation intervient dans un contexte économique instable. Bien que le taux de chômage au sens du Secrétariat d’État à l’économie (SECO) s’est maintenu à 3,0% en septembre, les dépenses de l’assurance-chômage se sont accrues, tandis que les rentrées ont stagné. Ce phénomène traduit une tension croissante : le marché du travail reste apparemment solide en surface, mais les sinistres se multiplient, probablement liés à des réductions d’effectifs ponctuelles, des reconversions professionnelles ou des restructurations sectorielles invisibles aux statistiques nationales.

Une machine à déficits?

Le passage du positif au négatif en l’espace de douze mois suscite des questions d’ordre structurel. L’assurance-chômage dépend étroitement de la dynamique des cotisations (prélevées sur les salaires et les entreprises) et des prestations versées aux chômeurs. Si ce déficit ne s’explique pas par une dégradation soudaine du taux de chômage national, cela signifie que les cotisations n’augmentent pas au même rythme que les dépenses.

Pour les PME romandes et les salariés, cette donnée revêt une importance financière directe. Historiquement, les déficits de l’assurance-chômage débouchent sur deux solutions : une hausse des cotisations (patronales et salariales) ou une intervention de la Confédération aux côtés des cantons. Dans un contexte où les charges sociales demeurent déjà substantielles, tout alourdissement risque de peser sur la compétitivité des petites structures et le pouvoir d’achat des salariés.

Le rôle des politiques et des conventions collectives

La crise est aussi le révélateur de tensions politiques sous-jacentes. Les syndicats suisses ont déposé suffisamment de signatures pour s’opposer à une modification législative prévoyant que les salaires fixés par les conventions collectives de travail (CCT) prévalent sur les salaires minimaux cantonaux. Ce bras de fer autour des salaires minima illustre un clivage fondamental : faut-il préserver les conventions collectives, souvent plus généreuses, ou élargir les marges de manœuvre salariales des entreprises?

La réponse aura des implications sur l’assurance-chômage elle-même. Des salaires plus bas mécaniquement réduiraient les cotisations, aggravant le déficit à court terme; à l’inverse, une rigidité salariale peut pousser les entreprises à réduire les effectifs plutôt qu’à baisser les rémunérations, gonflant les dépenses de chômage.

Et demain?

Le maintien du taux de chômage à 3,0% masque une dynamique sous-jacente moins rassurante. Un déficit de 249 millions, aussi important soit-il, reste à relativiser à l’échelle de la Suisse; mais s’il se reproduit ou s’aggrave, il signalerait un tournant. Les économistes surveillent de près les données de 2026, notamment les prévisions de croissance: la BNS a relevé sa prévision de croissance du PIB suisse à 1,5%-2,0% pour l’année en cours, contre 1% en juin.

Si la croissance s’affirme, l’assurance-chômage pourrait retrouver l’équilibre rapidement. Mais si les déficits persistent, un débat inévitable s’ouvrira sur la réforme: faut-il relever les cotisations, réduire les prestations, ou renforcer l’aide publique? Pour les Romands et les entrepreneurs, la trajectoire des douze mois à venir sera décisive.