L’année 2026 en Suisse ressemble à un roman à deux vitesses. Le deuxième trimestre a offert une surprise de belle taille avec une augmentation du produit intérieur brut de 1,5% par rapport aux trois premiers mois de l’année, dopée notamment par le secteur industriel, particulièrement la chimie-pharma. Une performance qui a rassuré les investisseurs romands et alimenté l’optimisme dans le secteur financier.
Pourtant, cet élan ne suffit pas à gommer les inquiétudes. Le Groupe d’experts de la Confédération pour les prévisions conjoncturelles revoit légèrement à la baisse ses prévisions pour la croissance économique de la Suisse, tablant sur une croissance nettement inférieure à la moyenne en 2026, de 0,9 %. Comparée aux prévisions précédentes de 1,0 %, cette révision peut sembler mineure. Elle n’en est pas moins révélatrice d’une tendance lourde.
Les vents contraires derrière le ralentissement
D’où vient ce décalage ? La crise au Proche-Orient et au Moyen-Orient pousse les prix de l’énergie à la hausse et freine l’économie mondiale, expliquent les experts. Dans une petite économie exportatrice comme la Suisse, dépendante des débouchés internationaux, ces tensions géopolitiques pèsent directement sur la demande.
Le rebond du Q2 s’analyse donc comme un « rattrapage » technique, selon les estimations du SECO qui soulignent « une sorte de correction après les trimestres faibles de l’année dernière. Globalement, on observe un effet de rattrapage ». Ce phénomène est courant en macroéconomie : un trimestre participe rattrape un retard, mais n’imprime pas une tendance durable à la croissance.
Implications pour l’épargne et les placements des Romands
Pour le portefeuille du citoyen romand, cette bifurcation entre espoir court terme et prudence de long terme se traduit concrètement. Une croissance à 0,9 % pour l’année compète laisse peu de marge aux entreprises pour relever les salaires ou créer des emplois. Les marges bénéficiaires des sociétés suisses cotées compressées par l’énergie chère affecteront aussi les rendements des fonds d’actions helvétiques.
Parallèlement, l’inflation a augmenté plus fortement que prévu au mois d’août, à +0,8% en glissement annuel, ce qui rend d’autant plus délicat le calcul des rendements réels pour les placements obligataires. Les taux zéro de la BNS, maintenus en septembre, offrent peu de compensation pour le capital immobilisé dans les produits de taux classiques.
Cette croissance molle préfigure aussi un contexte où les autorités des finances publiques feront preuve de retenue dans les investissements futurs, ce qui pèserait sur les bénéfices des secteurs liés à l’infrastructure ou au bâtiment.
L’horizon 2027 : un appel au rattrapage
Les experts n’abandonnent pas le navire pour autant. Ils tablent sur une progression de 1,6 % en 2027, ce qui signalerait un rebond de la dynamique économique. Mais cet optimisme reste conditionnel : il suppose une détente des tensions géopolitiques et une demande internationale qui repartirait à la hausse.
Pour l’investisseur romand, le message est clair : les prochains mois exigent de la prudence sélective. Diversifier vers l’international et les secteurs moins affectés par la crise énergétique, technologie, santé, services, reste une stratégie défensive judicieuse dans ce contexte de croissance molle.