Le franc suisse s’installe durablement sous la parité avec l’euro, une situation qui mérite l’attention de tous les épargnants romands. La parité EUR/CHF s’établit à 0,9144 en juin 2026, le franc demeurant durablement sous la parité. Cette configuration, loin d’être une simple fluctuation, résulte de facteurs structurels profonds qui redessinent les stratégies de placement et l’épargne en Suisse.
Une force inédite du franc
Pourquoi le franc suisse est-il si apprécié en ce moment ? La configuration s’explique par une inflation quasi nulle (0,1 à 0,2%), un taux directeur de la BNS maintenu à 0% et une BCE contrainte par les risques de stagflation dans la zone euro. Le franc joue ainsi pleinement son rôle de valeur refuge, particulièrement en contexte de tensions géopolitiques durables.
Cette force du franc présente un double visage pour les portefeuilles suisses. D’un côté, elle limite l’inflation importée et soutient le pouvoir d’achat des consommateurs helvètes, notamment pour les produits étrangers. De l’autre, elle complique la compétitivité de nos exportateurs, déjà sous pression du fait des tarifs douaniers américains.
La BNS surveille, mais ne s’alarme pas
La Banque nationale est davantage disposée à intervenir sur le marché des changes afin de contrer une appréciation rapide et excessive du franc, a communiqué la BNS en juin. Cependant, le ton reste prudent : le franc a quelque peu perdu de la valeur avec l’accroissement des différences de taux, ce qui n’impose pas une intervention immédiate.
Cette stabilité relative du taux directeur à zéro continuera probablement. Swiss Life s’attend à ce que la BNS laisse le taux directeur inchangé à zéro jusqu’à au moins la fin de 2026, puis commence à l’augmenter lentement par la suite. Pour les propriétaires en quête de refinancement hypothécaire, c’est une bonne nouvelle : les taux resteront bas dans le court terme.
Impact sur les taux hypothécaires et l’épargne
Les experts s’accordent à dire que les rendements des obligations suisses et les taux hypothécaires devraient rester dans leur fourchette actuelle au cours des prochains trimestres. Swiss Life s’attend à une hausse modérée des taux hypothécaires à long terme au cours de l’année.
Pour les épargnants, en revanche, le tableau est moins reluisant. En période de taux d’intérêt bas, les épargnants perdent : si les taux directeurs de la BNS sont proches de zéro, les taux d’intérêt du marché à court terme le sont aussi, et les banques ne doivent pas rémunérer généreusement les comptes d’épargne. Si les taux de l’épargne restent inférieurs à l’inflation, les épargnants perdent du pouvoir d’achat.
Un environnement favorable aux placements en actions
Les taux d’intérêt bas tendent à soutenir les marchés boursiers, car les bénéfices futurs sont valorisés plus haut. Pour ceux qui ne souhaitent pas laisser leur argent dormir sur un livret au taux proche de zéro, les actions et les fonds diversifiés conservent une attractivité certaine, particulièrement en Suisse où la stabilité macroéconomique reste un atout.
Le contexte géopolitique : facteur d’incertitude
Bien que la situation au Moyen-Orient se soit apaisée avec un accord entre les États-Unis et l’Iran, les répercussions de la hausse des prix de l’énergie mettront quelques mois avant de s’atténuer, et l’inflation augmentera légèrement les prochains trimestres. Cette incertitude résiduelle justifie la vigilance continue de la banque centrale.
Pour les épargnants romands, le message est clair : le franc fort offre une protection contre l’inflation importée, mais il ne génère pas de rendement en soi. Ceux qui cherchent à préserver et développer leur épargne devront explorer des placements rémunérés, tout en gardant un œil sur les décisions futures de la BNS. La stabilité actuelle n’est pas une absence de défis, mais plutôt un cadre de prédictibilité qui permet des choix éclairés.