L’inflation suisse s’accélère au-delà des attentes : votre épargne face à l’érosion monétaire
L’inflation suisse a augmenté plus fortement que prévu au mois d’août, à +0,8% en glissement annuel, après +0,4% en juillet. Un saut de 0,4 point en un mois qui redessine les données économiques suisses et pose des questions sérieuses sur la protection du pouvoir d’achat des Romands.
Cette accélération des prix survient dans un contexte déjà complexe. Alors que la croissance au 2ème trimestre s’est confirmée solide et généralisée, à +1,5%, sous l’impulsion de la chimie-pharma, les fondamentaux macroéconomiques semblent moins rassurants qu’il n’y paraît. L’inflation, autrefois maîtrisée, redevient un facteur perturbateur pour les investisseurs romands.
Quand l’inflation grippe l’épargne en francs
Pour l’épargnant, le compte est simple mais déprimant. Une inflation de +0,8% signifie que l’argent placé en compte titre ou en dépôt à taux faible perd de sa valeur réelle, mois après mois. Si la Suisse reste l’un des pays les plus compétitifs et conserve une forte capacité d’attraction des multinationales, son avantage tend toutefois à s’éroder, selon une étude de McKinsey citée par les autorités fédérales.
Cette tension entre une croissance modérée et une inflation plus élevée que prévue crée un dilemme classique : les rendements nominaux, particulièrement sur les obligations et les comptes d’épargne, demeurent limités face à l’érosion des prix. Les Romands qui conservent une majorité de leurs actifs en francs, dans des placements à faible rendement, ne créent plus de richesse réelle. Ils en perdent.
La stabilité bancaire face aux turbulences
Un élément rassurant : le secteur bancaire suisse affiche un haut niveau de résilience, avec une capitalisation, une position de liquidité et une capacité à absorber les pertes globalement robustes selon la Banque nationale suisse. Les banques romandes ne sont donc pas exposées à un risque systémique immédiat. Mais cette stabilité institutionnelle ne protège pas l’épargnant de l’érosion monétaire.
Les placements en obligations d’État suisses à court terme, longtemps considérés comme sûrs, offrent actuellement des rendements nominaux très proches de zéro ou légèrement positifs. Face à une inflation de +0,8%, ces placements détruisent du capital réel, même s’ils semblent stables sur le papier.
Quels ajustements pour les portefeuilles ?
Face à cette dynamique inflationniste, certains investisseurs romands commencent à redéfinir leurs stratégies. Les actions de sociétés exportatrices, en particulier dans la pharma et les chemicals, pourraient offrir une meilleure protection contre l’inflation en raison de leurs marges bénéficiaires plus larges. Les placements diversifiés géographiquement, notamment en devises, gagnent aussi en attrait pour qui cherche à couvrir le risque de change et d’érosion monétaire.
L’immobilier, longtemps refuge contre l’inflation, reste attractif mais ses accès aux Romands sont limités par des prix de marché élevés et des rendements locatifs modestes.
Les mois à venir seront décisifs. Si l’inflation reste au-delà de 0,5%, la Banque nationale suisse devra trancher sur ses taux directeurs, actuellement maintenus à zéro. Et si les taux montent, la courbe des rendements se redessiera, offrant enfin des opportunités aux investisseurs patients, mais punissant au passage les portefeuilles obligataires. Pour l’épargnant romand, l’inactivité n’est plus une option.